Écrits autour de l’art contemporain

La prochaine expédition du Front de Libération de l’Art Contemporain

Publié le 22 décembre 2005
par Stéphanie Dachary
dans le cadre de Veuillez patienter...
le 04 décembre 2005
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Assumer le nom.
La mission est grande.
Elle va demander beaucoup de conviction.

Question que l’on est en mesure de se poser : pourquoi programmer une exposition qui ait une durée égale à un vernissage qui connaîtrait un grand succès?
Quelle idée derrière cette étrange proposition de ne pas adhérer à la grand-messe, celle de produire une exposition étirée sur une longueur désertique où le maximum de visiteurs ne se déplacent qu’une fois davantage dans l’idée de se faire voir plutôt que de venir regarder…
C’est vrai, on finit par se demander sérieusement : l’art contemporain pour quel public lorsque l’on constate le vide qui habite tant d’espaces qui lui sont dévolus? Lorsque l’on regarde ébahi les files d’attente devant les grandes manifestations culturelles dignes de celles que l’on observe dans les Luna parks devant la grande roue?
À force d’accumuler les références, peu d’œuvres parlent de la vie. Elles sont si loin de nous que même nos efforts les plus importants nous laissent à distance. Il faut le dire.
La précarité est le pain quotidien de beaucoup d’artistes en France. Ne les croyez pas au-delà d’une société civile, pour beaucoup d’entre eux, ils sont là dans la vie et leur engagement est bien celui de l’art, le seul fait de résister dans une société marchande qui leur demande de justifier leur présence au monde en tant qu’ «improductifs» chaque jour : il faut le dire aussi.
Chaque oeuvre témoigne d’une liberté dont les artistes ne se sont pas départis. Cette liberté n’a pas de prix et elle NOUS est pour vivre d’une impérieuse nécessité. Sans elles l’obscurité et l’obscurantisme n’ont pas de fin…

Comparution immédiate pour
«Veuillez patienter…»

Un anniversaire ?
Un repas de noce,
Le repas du dimanche ?
Pourquoi les français passent-ils autant de temps à table ?
Quel est ce moment du ensemble ?
Une fête païenne ?
Une messe ?
Une célébration ou tout le contraire ?
Un marché sans marchand ?
Un jardin intérieur ?
Une mosquée ?
Un lieu de concert sans voix ?
Une bousculade ?
Le lieu où il faudra se montrer pour bien montrer que l’on regarde ?
Qui saura ?
Tu iras ?

Certaines pièces de théâtre vont jusqu’à durer 24 heures (Olivier Py).
De nouvelles formes sont toujours en attente.
Une exposition qui serait sa propre performance (mais pas dans le sens de l’événementiel, dans celui plus secret du rendez-vous).
Une présence réelle, convoquée du spectateur?
(À la question : «qu’est ce qu’une œuvre d’art?», Marcel Duchamp répondait : une rencontre)
Être là, savoir que le moment n’a pas de double
Ne pas remettre à demain
Ne pas avoir de deuxième chance
Plonger, sauter
Sauter et choisir le moment ascensionnel pour saisir du regard
Pas de linéarité sur une durée si courte
Un instant, une ambiance, une zone d’ambiance
Une salle de spectacle dans un processus de non spectaculaire
Ah, oui, il y aura d’autres choses à voir?
Quel est le temps que chacun accorde à une œuvre d’art?
Qui vit chez soi avec une œuvre d’art?Contourner le tombeau du lieu d’exposition
Prendre la main
Et prendre la main

Vous êtes là dans un espace dont vous savez qu’il va changer
Ceci n’est pas une représentation
Ceci est une exposition réelle
Cela ressemble à une carotte,
Un carottage du milieu de l’art
Les jeunes artistes sont-ils jeunes jusqu’à être connus?
Ou simplement jeunes qui sans avenir sombrent dans l’oubli?
Sans l’opportunité d’être artistes tout court?
Combien d’artistes y a t il en France?
Qui peut répondre à cette question?
Inventer les lieux de l’art comme toujours.

Une exposition d’art contemporain peut être comme un spectacle de danse ou une représentation théâtrale capable de vous faire penser qu’il y a des «manières contemporaines» qui ne sont qu’un usage de codes bien connus et pour le coup figés.
L’expérimentation et la recherche sont les moyens de s’y soustraire.

Une performance de 5 heures, on connaît
C’est quoi une exposition de 5 heures?
Imaginez un musée dont on changerait les œuvres au mur après votre passage
Ou même dans votre dos
Ou alors où les images apparaîtraient progressivement sur la longueur du jour pour disparaître à nouveau le soir venu
Rien ne vous assure alors qu’elles réapparaîtraient semblables le lendemain
Vous vous rendez compte?
Dans quel monde vit-on?
Célébrer l’apogée de l’incertitude
C’est du tout de suite qui vous ferait prendre le temps (un paradoxe, non?).
Un éloge de la lenteur qui aurait pris le raccourci de la vitesse.
Surtout NE PAS CHERCHER A COMPRENDRE, pas une œuvre d’art

Il faut tout décongeler.

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