Écrits autour de l’art contemporain

[e-feuilleton 1] 14 février / anonymous palmée blog / La FAGM

Publié le 20 février 2007
par Véronique Hubert
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« j’ai un microprocesseur « en module » implanté dans le cerveau gauche depuis 1 an; il sert de sonde et traduit tout ce que je touche en informations électromagnétiques; et j’ai des grosses mains à cause de la compensation des surfaces des capteurs manuels (mes doigts). Mais je me tiens voûtée parce que je ne fais pas assez de sport. Merde. J’ai RDV dans une heure.
Aux porteurs qui comprennent cette page : Inutile de se rendre au service nano-décompensatoire. j’ai un moyen pour évacuer l’information. Possible de stocker plus longtemps. Possible de mémoriser. D’avoir des explications sûres. »

Cécile la FAGM a mis beaucoup de temps pour taper pas grand chose avec ses gants en laine sur les gants en latex. Elle plie le portable et change de café.

FORCÈMENT
encore un café, de quartier.

Elle s’assoit dégoulinante et demande un crème… Sur la table, le bruit du papier mouillé qui colle à la peau du croissant. Le latex de ses gants devient gras. Derrière elle, une plante qui bave sur la vitre. Et une vieille qui passe avec un bonnet marin de marque « les ailes bleues », un clope au bec, dégoulinante aussi.

Et tout le monde fait la gueule on dirait à Paris. Mais pas le garçon de café. Il a pas le droit, lui c’est Pétuland service… Annie Girardot au comptoir éclate de rire et tape sur l’épaule d’un monsieur. Complices.

La vraie vie de pluie mouillée, c’est coloré dans un boulevard populaire.

Le petit déjeuner terminé, la déprime reprend. Cécile aimerait toujours être au début du petit déjeuner, même quand il pleut. Maintenant, il faut lever les fesses et aller à la laverie…

LOURD
Elle a le sac de linge qui tire vers le sol mouillé dans la main droite, donc elle tend son corps vers la gauche. Les confettis de plusieurs moitiés de post it en pagaille dans la poche. Elle s’arrête un peu dans le caniveau pour poser le sac avant de traverser. Une ou deux voitures qui se croisent et elle traversera, dégoulinante. En attendant, la voiture garée à sa gauche, enfin elle croit qu’elle est garée, lui touche doucement le genoux, mais c’est du métal donc forcément le geste d’un pare-choc en métal sur le tibia, même doux, c’est insistant, un peu comme le coup de tête d’un bovin pacifique qui manifeste sa présence… Elle rêvassait un peu d’accord, mais en même temps, elle réalise que le chauffeur de la voiture lui indique du menton « pousse-toi » (elle sent qu’il la tutoie), donc elle tapote sur le capot avec sa main gantée et dit « oh, là, du calme ! ».

LE CHAUFFEUR,
blond, dans sa veste en jean bleue marine, il tape sur son volant en hurlant « pousse toi de là bordel !! ». Donc Cécile pose le sac, ce qui la fait se redresser d’un coup et en même temps : « ça va pas non ? ». Le « non ? » résonne très fort dans la rue (toutes le voitures sont au feu rouge.). Et bien, le blond, qui a de grosses bagues aux 2 mains, fait descendre la vitre : « t’en veux une connasse ? tu te pousses et tu dégages ! »
Le reste est une suite logique d’engueulade entre 2 personnes qui suent et qui rougissent de plus en plus, et de plus en plus entourées par les commerçants à sortir de leur boutique et du café et à dire « allez, allez, on se calme là etc… ». Quand la police pile net en 206 Peugeot blanche ça freine aussi le bus 125 rempli juste derrière, et le blond qui en fait est tout petit, a déjà poussé Cécile sur le trottoir en lui jetant ses 2 paumes de mains contre le torse = Recul de la FAGM déséquilibrée et intervention du boucher qui touche le bras du blond aux chaînes en or autour du cou qui font : cling-cling par ce qu’il sautille d’ultra-énervement le blond :« CONNASSE SI T’éTAIS UN MEC, C’EST MON POING DANS TA GUEULE DéJà… » et comme dans les films c’est exactement à ce moment précis que Zbignew le coton-tige fend la foulasse (petite foule clairsemée) et quand il voit Cécile mettre un baffe au blond, qui lui, fait plein de gestes de karaté, Zbignew crie « pas la tête, attention : sa tête !!!! »
Effet immédiat : la police sort la lacrymogène et c’est la foule qui court / un grand flic emporte sous son bras le blond, violet, en lui bloquant les poignets alors que ses pieds s’agitent très vite dans l’air, et comme Cécile a eu le temps de lui remettre un coup de pied dans le ventre entre-temps, un autre flic, plus gros attrape Cécile par le col de son manteau ce qui la tire en arrière en l’étranglant. Ses seins aussi sont étranglés par ce que le gant en cuir qui la traîne par le manteau a aussi attrapé les agrafes du soutien-gorge, mais pas la peau du dos heureusement. La trachée un peu écrabouillée et les yeux qui pleurent, elle raconte comme elle peut : « Lâchez-moi etc… » et en fond sonore Zibgnew, en hyper-aigü désespéré « Pas la tête, lui touchez pas la tête, pas la têteeeuuuu !!!! »

La honte et la fatigue, c’est ce qui a envahi Cécile dans le commissariat de l’arrondissement après. Le blond au pantalon de sport Puma a disparu. Ça fait 20 minutes qu’elle attend sur une chaise. Technique psy pour calmer les hystériques. Pas de docteurs, juste un papier à signer .

« Portez plainte ? », c’est un monsieur derrière un ordinateur qui lui demande lascivement « voulez-vous poser une plainte contre ce monsieur, celui-ci ne l’ayant pas fait vous êtes en droit de le faire madame. » Et il lui rend sa carte d’identité et un papier avec un sourire très très calme…

Elle récupère son sac de linge humide. Vidée. Zbignew pas là. Son papier à la main, elle croise d’autres personnes en sortant du commissariat, une femme flic, qui la regarde à peine…

« Porter plainte contre la connerie », pensée plate, par ce que, dans ce cas elle porte plainte contre elle aussi… Zbignew n’est pas là.

Quelque chose la dérange un peu. Sur le trottoir, il y avait un chien, anodin, genre pas de race, le poil ras… il a regardé, sans aboyer. Elle s’en souvient, c’était bizarre ce regard fixe du chien. Tout le temps, elle y a pensé même pendant la mêlée, parce qu’un chien ça s’énerve quand les gens s’énervent, normalement.
Lui pas.

Elle a foiré le rendez vous, et elle s’est fait remarquer. La fatigue certainement. Elle rentre vite, il y a peut-être un autre message de Zbignew, elle veut savoir maintenant, elle doit savoir. Elle sort son téléphone, péniblement (les gants).

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