Écrits autour de l’art contemporain

[e-feuilleton 2] 16 février / anonymous palmée blog / La FAGM

Publié le 20 mars 2007
par Véronique Hubert
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16 février, 15h43, Café le Bretagne,

«j’ai un microprocesseur "en module" implanté dans le cerveau gauche depuis 1 an; il sert de sonde et traduit tout ce que je touche en informations électromagnétiques;» extrait du blog APB/14 février
La Femme Aux Grosses Mains, penchée sur l’écran se relit, dégoulinante de mépris pour son écriture basique «gna gna gna et gna gna gna électromagnétique… tu parles d’une poésie»

ET PUIS:
/La vache…
Contempler. On ne t’a jamais dit que c’est bien la contemplation aussi pour hypersentir ?!! .
Observer. Mais… Passivement. Comme tu verrais un corn flake à l’envers. Tu vois un corn flake à l’envers ? c’est la formule micromécanique du corn flake, vibrante sous tes doigts, donc elle est passée par les sillons de tes gros doigts, grâce à une miette du corn flake, mais sans le corn flake tout en entier /


Cette certitude aigüe de la FAGM s’est pointée grâce à la lassitude de ses doigts qui en ont marre de taper sur le clavier, où s’est logé tout à l’heure un bout de pain, entre le N et le ?. Il est bien là, le micro-morceau. Quand elle tape sur le N, il rebondit, N,N,N, et elle, elle souffle pour le virer, et lui dans sa logique de miette il est passé en dessous. Merde.

CONTEMPLER
Et puis, elle revoit la mêlée dans la rue, deux jours plus tôt, et là, elle peut sourire. Moins mal à l’omoplate. Le monde qu’il y avait dans la rue…. Et ce chien bizarre, trop calme. Comme elle plane un peu, elle regarde aussi un homme qui lui rappelle une rencontre. L’année dernière. Tout au début de son traitement. Un type qui craquait et qui s’était mis à crier dans le métro… ça l’a marqué longtemps cette histoire, parce qu’il a changé de comportement dès qu’elle l’a touché, à l’épaule. En deux secondes il s’est calmé, comme si tu venais de le claquemurer dru avec les paumes de lino ventura, (tu voies leur taille ?)
Là, c’est pas le même type, mais un air de famille, l’expression triste peut-être.

A l’hôpital, pour un destokage, le nano-médecin 16/9eme (à tête plate) lui avait expliqué des choses, quelques jours après l’anecdote.
Aujourd’hui, elle s’en fout un peu, elle veut CONTEMPLER.

VRAIMENT LA POESIE, c’est son truc. Si les nano-neurologues se lâchaient un peu plus ils verraient plus de choses, ils verraient… elle a essayé pourtant de leur raconter autrement que leurs comptes-rendus blêmes d’ennuis… Le cd-rom qu’elle a laissé, ses poèmes… mais le contrat… c’est un mot à la bouche des neuros le contrat !!! sérieux.
Aujourd’hui le contrat, elle s’en fout. Elle a trouvé mieux que ça pour s’habituer. Mais c’est comme au collège, comme avant, elle a l’impression de «sécher» les cours… «Sécher les cours» ! drôle d’image pour un apprentissage qui suinte… Sauf que là, c’est un dehors et une vie piétonne qui lui court après, ça lui donne une certaine importance au fond… L’ARMEE et les SERVICES de RECHERCHES SECTEURS NANO-MICROMECANIQUES, au cul… rien que pour ça elle trouve sa vie 10 fois mieux qu’avant !!! Qu’avant ? Elle a l’impression que c’est très loin « avant », on s’adapte vite.

Elle réajuste ses gants. Le type triste est parti, son verre aussi. Le rond liquide de bière sans boc est resté sur la table. Le patron va venir avec sa serpillière de table dégager tout ça.
Bon on s’y remet.

/anonymous palmée blog FAGM/ 16 février /Quand on est une femme aux grosses mains qui capte toutes les ondes terrestres et qu’on les comprend en plus, parfois on ne s’étonne plus de rien. On enregistre. Ça fait des mois. J’ai effectué 3 destockages HORS ZONE MEDICALE. Et ça fait 52 jours que je suis sans décompensation professionnelle. Aux porteurs qui comprennent le sens de ces phrases : c’est possible, Z. m’a montré comment. Je suis de plus en plus autonome. Aucune rupture par surchauffe. Le dispositif est stable. La porteuse Algérienne doit aussi pouvoir nous rejoindre, ses données sont essentielles/il faut trouver le moyen de lui envoyer ces infos…/
ps : Et aussi dites moi, je sais c’est dingue, mais on n’en n’est plus à ça près, dites-moi si ça ne vous fait pas bizarre quand des chiens très calmes vous regardent. Je ne plaisante pas./


Cécile referme le portable, Il est entré dans le café.

«Tu t’es fait remarquer l’autre jour, c’est pas terrible… quoi que… ça peut être une stratégie intéressante pour détourner l’attention, de se faire remarquer, mais fais gaffe, j’ai dû sortir du tas, c’est pas bon…»

Là il est vraiment autoritaire le coton tige (jeune homme boutonneux, maigre mais coiffé d’une grosse tête chevelue) et ça fait presque stresser…

UN BRAS EN L’AIR pour quémander un déca et :

«Bon tu déconnes pas aujourd’hui, j’ai un truc à te dire, c’est urgent. Pour le porteur de Louaillant, en fait c’est pas un décès par non assistance de décompensation… Il n’y a pas d’erreur possible dans les méthodes hors zone… tu l’as bien remarqué, aucun effet secondaire, au contraire c’est au poil…»

Il a une drôle de couleur Zbignew, et il regarde partout. Surtout le chien du patron qui la regarde elle. Un caniche couleur serpillière à la truffe sèche-moisie. Elle esquisse un geste «viens toutou y’a du sucre», en même temps qu’elle attend la mauvaise nouvelle, elle sent qu’il va y avoir une mauvaise nouvelle. Mais le chien ne bouge pas. Il la regarde encore une micro-seconde et mécaniquement tourne la tête pour s’enrouler dans un sommeil de tapis de garde, sous la table. Méprisant le caniche.

«Tu m’écoutes ? -Zbignew est très très nerveux- On a peu de temps, déconne pas… Il a été déprogrammé à distance le porteur de Louaillant… ça a été possible par une liaison extérieure avec son transducteur, c’est pas seulement une déprogrammation, il serait vivant… je crois… Il y a un truc qui ne va pas, vous êtes tous protégés par votre contrôle de flux d’entrée, on ne peut pas vous atteindre normalement, on ne sait pas encore pourquoi il est mort, mais on a reçu quelques notes de sommation, pas très encourageantes, il s’est fait repérer et ça se durcit… Tu ne paniques pas mais tu vas faire encore plus attention, pour le moment tu réduis les contacts tactiles avec qui que ce soit… Si tu sens quelque chose qui ne tourne pas rond tu me contactes.»
«même avec les gants ?»
«même avec les gants quoi ?»
«JE NE TOUCHE PLUS PERSONNE, même si j’ai les gants ?»
«Pour quelques jours, oui… on n’est pas très sûr, mais je crois que vous êtes repérés, je ne sais pas comment, on a besoin de quelques jours… J’ai peut-être un moyen pour éviter ce qui s’est passé à Louaillant et le but n’est pas de vous éliminer, vous coûtez trop cher, je pense que c’était un signe… Nous avons besoin de quelques jours… On attend quelqu’un d’Helsingor pour nous aider»

C’est vraiment pas drôle aujourd’hui, il a vraiment l’air angoissé. Zibgnew lui donne deux ou trois indications hygiéniques et une date de décompensation… le lieu ?
«je ne sais pas encore… post-it te le dira»

Beuh, encore une balade au cimetière… Le chien s’est redressé. Il sort pisser sur la roue de la voiture Darty garée sur une peau de banane marron.

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