Écrits autour de l’art contemporain

[e-feuilleton 3] 17 février / anonymous palmée blog / La FAGM

Publié le 21 avril 2007
par Véronique Hubert
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17 février, 14h20, Café le Maryland/

La femme aux grosses mains assise à une table appuie sur les touches :
« … Il a été déprogrammé à distance le porteur de Louaillant… ça a été possible par une liaison extérieure avec son transducteur, c’est pas seulement une déprogrammation, il serait vivant… je crois… Il y a un truc qui ne va pas, vous êtes tous protégés par votre contrôle de flux d’entrée, on ne peut pas vous atteindre normalement, on ne sait pas encore pourquoi il est mort, mais on a reçu quelques notes de sommation, pas très encourageantes, il s’est fait repérer et ça se durcit… Tu ne paniques pas mais tu vas faire encore plus attention, pour le moment tu réduis les contacts tactiles avec qui que ce soit… Si tu sens quelque chose qui ne tourne pas rond tu me contactes.


c’est ça que zibgnew le coton tige m’a expliqué en gros hier. J’ai rdv demain. Je sais pas où encore. J’en ai marre de ce jeu. Et aussi, je viens d’apprendre par un coup de fil quelque chose qui me donne la nausée. A ceux qui savent de quoi je parle, blog 3 sur la ligne « sillon » +secteur que vous connaissez, 15h00 ce jour pour cette info»

LA FEMME aux grosses mains a aussi une grosse boule dans la gorge, elle en a marre de taper cette chasse au trésor à deux doigts gantés, mais il faut qu’elle passe l’info. Elle n’a reçu qu’une réponse depuis le début de Anonymous Palmée Blog. Bizarre où sont les autres porteurs ? Elle fait une pause.

CONTEMPLER
Les choses sont plus subtiles qu’elles paraissent.
 Par exemple le chien qui la fixe, c’est pas seulement un tas de poil gras, c’est un mille feuilles de tissus, de nerfs et de liquides qui discutent tout le temps pour savoir qui a la priorité dans les circuits, comme nous à la mairie. Si, si. Un tas de viscosités dans une poche en forme de chien entre deux colonnes de cartons d’EVIAN fraîchement livrés. Retour en arrière sur la livraison il y a quelques minutes, on fait preview sur les camescopes :

LES CARTONS d’evian et leur livreur au Maryland, 14h00. Les jambes écartées un peu plié, voilà il pose un carton d’evian sur le par terre du café.

- Un café, Dominique.
- Quand t’auras tout livré feignasse.

Ils ont un premier carton d’Evian, et à côté un gros chien à poil ras assis, les couilles entre les pattes arrières, sous le ventre avec des tétons marrons ou roses ça dépend des tâches sur le ventre.
ça y est ils ont leur deuxième carton. Et après leur troisième, une pile, un pilier. Mais comme un des cartons, celui tout en dessous a un coin écrasé, le pilier penche, vers le chien. Ça fait peur, pour le chien…

- tu le sers ce café, bordel.
- Ouais, mais il manque des cartons

LE MONSIEUR des cartons regarde tout le monde (la fille qui tape sur son ordinateur avec des gants, une mémé avec la jambe droite gonflée, qui gratte un jeu avec sa clé, et un autre monsieur qui boit des bières près des cacahouètes au comptoir.) Le livreur de cartons fait un signe de découragement et emmène son diable vide vers le camion, dehors.

SILENCE, sauf la clé soumise qui gratte, et une basse injure de la dame quand elle approche le jeu gratté brillant de ses lunettes avant de le reposer. Elle gratte plus.

C’est fait. Ils ont leur quatrième carton, posé de l’autre côté du chien. Le tas de gras, ça ne le dérange pas, vu qu’il observe les pieds de chaises. Et le monsieur a vite glissé le cinquième et le sixième carton, dessus le quatrième. Cette pile est droite.
Huit cartons livrés.

- ta, taaaaaaaahhhh !!!


Le monsieur qui livre les cartons présente ses 2 piles écartées de cartons Evian, avec le chien assis au milieu. Il redresse un peu celle qui menace le chien.

- c’est pas beau ça ? l’eau, l’eau c’est la vie le chien, c’est les poils… tiens sers moi un demi en plus du café.

La femme aux grosses mains dans les gants a un bout de chewing gum collé à la basquette, adhère/adhère-pas au sol en rythme . Le chien. C’est bizarre. Comme celui de la bagarre, même regard. Presque celui de la libération de l’étron principal.

SOUDAIN, ça vibre au fond sa poche, près de la grande lèvre gauche. Elle retire le téléphone avant la cinquième vibration sympathique, qui va déclencher la boîte vocale :

- oui ?
- c’est moi, (voix du coton tige), c’est les chiens !! Le mec qu’on attendait d’Helsingor vient de me donner les détails. Tu arrêtes toute saisie en lieux publics. Il y a un chien près de toi ?
- … Tu déconnes ?
- Il y a un chien ?
- … oui
- Tu bouges, tu évites son regard et tu bouges. Lentement, normal. Je t’explique demain. Post it aux nouilles.

Il a raccroché. Bon, chez le traiteur asiatique à Ségur, sous l’aquarium il y aura un post it pour le prochain rdv. Quelle vie, oh la la. Elle obéit. Merde, elle aurait bien regardé le chien, tiens d’ailleurs un dernier regard. Fixe le tas, il la fixe. Le livreur est au comptoir, les piliers d’eau ne bougent pas. Elle pose 2 euros, il garderont les 30 centimes, elle sort. Quoi les chiens ? c’est quoi encore, ça fait deux nouvelles à apprendre en même temps, mauvaises elle en est sûre…


Dehors UNE BOULE DE POUSSIÈRES de 5 centimètres de diamètre roule sur le trottoir, brillante par ce que le soleil. Elle a tout de suite une valse de Strauss dans la tête pour accompagner le boule.

Et prendre la carte dans la poche pour prendre le métro pour prendre le post it.

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